Big Data is watching you !


Depuis maintenant plus de 50 ans la publicité est partout.

Omniprésente dans notre quotidien, elle conditionne notre mode de vie personnelle, elle justifie la création de « jobs à la con » (les « bullshit jobs de l’anthropologue David Graeber ), elle dénature la création artistique, elle valorise la surconsommation et alimente une mondialisation sur un mode uniforme et acculturée.

Elle se substitue aux valeurs éthiques dans le cerveau de nos enfants où les slogans ont pris la place affaiblie des ritournelles. Elle envahit nos boites aux lettres physiques et internet, elle favorise le zapping intellectuel et la réflexion éclair et superficielle, mais sans doute dans une certaine mesure comble-t-elle le vide abyssal laissé par la disparation des repères religieux et culturels.

Nous sommes tous tombé dans le panneau…publicitaire.

Finalement assez sobrement dans le tourisme, si l’on exclut les interventions débiles de footeux séniles ou le pseudo espionnage d’un James Bond des bacs à sable, nos pubs sont principalement accès sur les prix, reflet de la guerre absurde que nous nous livrons à nos dépends.

Mais Internet devait tout changer : l’open source, le collaboratif désintéressé, le social networking spontané et anti-commercial, et plus récemment le crowd funding, auraient du faire disparaître la loi du plus fort budget publicitaire.  Balivernes !

Les entreprises investissent massivement et avec une naïveté sournoise ces espaces de liberté virtuelle.

Le concept de « big data » (collecte massive d’informations) appliqué aux consommateurs est même devenu un must non seulement accepté mais valorisé et reconnu comme une avancée marketing majeure alors qu’il signifie clairement que nous sommes cerné…

Là où la publicité traditionnelle avait trouvé ses limites, notamment par la difficulté de qualifier la cible, la personnalisation extrême est non seulement possible sur internet mais elle est de plus facilitée par notre exhibitionnisme social.

Le rapport à l’espace entre l’intime et le public a volé en éclats, quelque soit nos influences culturelles. Nous passons notre temps à qualifier notre profil de consommateur en dévoilant en temps réel notre mode de vie.

Conséquences commerciales, le retargeting permet d’afficher sur les sites que vous visitez des publicités pour les produits que vous avez consultés récemment sur les boutiques en ligne, et, pour prendre un exemple nous concernant directement, certaines compagnies aériennes et brokers aériens pratiquent l’IP Tracking (ou fishing) en relevant les prix lorsque vous retournez confirmer la résa d’un vol consulté précédemment…

Plus effrayant encore, à l’occasion d’un colloque récent un jeune chercheur du MIT a démontré comment nous identifier à partir de nos déplacements physiques stockés sur les bases de données des opérateurs téléphoniques.

En effet, notre mobilité modélisée permet de nous identifier à 95 % à partir de 4 points de localisation habituels seulement quand il faut 12 points pour nous identifier à partir d’une empreinte digitale…. Au-delà de notre comportement d’acheteur qu’il est ainsi aisé de qualifier, c’est notre profil psychologique qu’il est maintenant possible de déterminer très précisément en fonction des données de géo-localisation, des historiques de visite de sites, des informations postées sur les réseaux sociaux, etc…

Ainsi à partir de 36 critères ces matheux peuvent vous caser dans l’un des 5 profils psychologiques du BFI (Big Five Inventory) alors qu’il faut plus de 100 questions aux psychologues pour obtenir le même résultat.

Vous êtes névrosé, créatif, extravertis ou émotionnellement instable ? Il n’est plus nécessaire d’aller chez votre psy, tout le monde le sait…

Poussons un peu plus loin la réflexion et attachons nous à ce qui nous intéresse ici, le tourisme.

Dans le cadre de la dialectique stérile réel/internet (comme si 13 milliards d’euros de chiffre d’affaires n’était pas réel, mais c’est un autre débat…) les voyagistes traditionnels tirent leurs arguments principalement dans la faculté des agents de voyages à conseiller les clients, quand internet ne fait que leur vendre ce que ces derniers ont choisi, sans pour autant que ce soit ce qui leur correspond le mieux.

Mais si Big Data peut maintenant déterminer plus précisément qu’un professionnel du cerveau notre profil psychologique, alors pourquoi ne serait-il pas capable de nous proposer les vacances dont notre inconscient rêve depuis toujours ?

Dis moi qui tu Like je te dirais où partir…

Pierre-André Romano





    1 commentaire pour “Big Data is watching you !

    1. J’ai lu le titre de l’article et ai cliqué instantanément pour le lire tant il reflète mon analyse de la situation concernant les données que chacun d’entre nous livre a chaque secondes au web avec nos cartes bancaires, téléphone,GPS,réseaux sociaux, échanges de mails…
      Le web existe, chacun doit se l’approprier intelligemment afin qu’il ait un contenu intelligent…
      Tout en gardant a l’esprit que l’intelligence est une valeur subjective et que nous sommes toujours le con d’un autre.
      Félicitations Pierre André d’avoir rédigé cet article a ma place et ravi de partager a 200% ton analyse.
      Cordialement

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