Tourisme : Alix Philipon, 40 % des adhérents vont vers de graves difficultés financières


Selon certains économistes, la profession du tourisme dans son ensemble et l’ APST (L’ Association Professionnelle de Solidarité du Tourisme) en particulier ne pourraient pas résister à un second tsunami après celui de la faillite de Thomas Cook en septembre 2019 et la stagnation économique actuelle de tous les métiers du tourisme due au CoronaVirus. La Quotidienne a souhaité donner la parole à Alix Philipon, la présidente de l’ Apst, pour un état des lieux lucide et réaliste.

La Quotidienne : Comment recommencer l’activité après un tel bouleversement ?

Alix Philipon : « D’ici quelques jours le confinement tel que nous l’avons connu va cesser et notre économie petit à petit devrait redémarrer, du moins nous pouvons l’espérer.
Même si nos Instances Professionnelles, entre autres EdV (Entreprises du Voyage) et le SETO (Syndicat des Tour opérateurs), ont obtenu des aménagements spécifiques pour notre secteur, et il faut les en féliciter, la période que nous allons vivre est incertaine, voir tragique pour grand nombre d’entreprises touristiques.

Après les défaillances des compagnies aériennes Aigle Azur, XL Airways, la faillite de Thomas Cook, la poursuite des mouvements des gilets jaunes, les grèves de fin d’année et aujourd’hui la pandémie du coronavirus COVID-19, quel secteur économique pourrait en effet absorber de tels chocs…

LQ : Avec un besoin crucial de liquidités du à un manque flagrant de trésorerie de l’ensemble des acteurs du tourisme ?

AP : Depuis le début de cette pandémie, nous avons préparé et mené des négociations avec les Pouvoirs Publics, les Banques, les Institutions européennes, afin de préparer la période de l’après virus et ses éventuelles conséquences financières, notamment pour préserver la pérennité de l’ APST et de ses Adhérents.
À l’image de nos confrères européens les garants, véritables « pare- feu » entre les consommateurs et les Pouvoirs Publics, ces négociations se font dans la confidentialité. Aujourd’hui la situation est ‘’grave’’, et le terme est mesuré.

LQ : Combien d’entreprises seraient concernées selon vous ?

AP : D’après nos diverses simulations, entre 30 et 40 % de nos Adhérents pourraient connaître de graves difficultés financières entraînant des défaillances.

L’ APST, comme nombreux de ses confères, nonobstant le dépôt de bilan de Thomas Cook France, n’est pas préparé pour faire face à une telle situation « hors norme ».

LQ : L’Etat joue t-il pleinement son rôle ?

AP : Plusieurs États Européens d’ores et déjà ont compris la situation et ce rôle de ‘’pare-feu’’ que sont les garants conformément à l’article 17 de la directive européenne 2302/2015 sur les voyages à forfait et prestations de voyage liées (protection contre l’insolvabilité).

Ainsi le Danemark a fait monter sa garantie d’État accordée au Fonds de Garantie danois jusqu’à 1,5 milliards de couronnes, soit 200 millions d’euros.
Le gouvernement britannique a renfloué l’Air Travel Trust (Caisse de Garantie ATOL gérée par l’aviation civile) exsangue après la défaillance de Thomas Cook, à hauteur de 500 millions de livres.

Le gouvernement néerlandais a avalisé l’accord passé entre l’ANVR (syndicat professionnel de l’industrie du voyage) et le SGR (Fonds de Garantie Voyages) pour venir en aide au secteur et éviter autant que possible des faillites simultanées. Et d’autres devraient suivre…

À ce jour les négociations se poursuivent avec les Pouvoirs Publics français, il s’agit d’un soutien qui devrait permettre à l’ APST de pouvoir affronter cette crise exceptionnelle. Nous avons bon espoir qu’elles aboutissent à une solution efficace permettant à la France de pérenniser dans sa vocation solidaire l’ APST qui représente 70 % des agences de voyages et des tours opérateurs.

Dès que nous aurons des avancées concrètes nous ne manquerons de vous en faire part, sachant qu’en ces circonstances exceptionnelles, nous saurons rester solidaires, attitude qui a toujours su guider notre Association.
Faites attention à vous, gardez le moral et tenez bon ».

Propos recueillis par PR





    4 commentaires pour “Tourisme : Alix Philipon, 40 % des adhérents vont vers de graves difficultés financières

    1. Réflexions d’un ancien
      Dans toute la Presse et sur tout les plateaux Télés le leitmotiv suivant : Tout va ou doit changer ! Plus rien ne sera comme avant ! Un nouveau monde ! Des nouveaux paradigmes !
      Reconnaissons à Jean-Pierre Mas Président des Entreprises du Tourisme la mise en route, pour l’instant en toute modestie et discrétion, de cercles de réflexions qui planchent sur l’avenir de la Profession. La Presse professionnelle également met en place des espaces sur ses sites pour écouter et permettre de réfléchir à haute voix avec tous ceux concernés : Patrons d’Agences, Tour Opérateurs et collaborateurs sans distinction de hiérarchie et mêmes clients de ceux-ci .Excellentes initiatives !
      N’est il pas temps à l’APST de faire de même et d’ouvrir ses portes et fenêtres aux contributions de ses membres pour la mise à jour de ses statuts et méthodes pour ce nouveau monde attendu parfois avec anxiété.
      L’APST est la propriété de ses adhérents qui chargent annuellement ses représentants aux différents conseils de les représenter et qui dans ces temps difficiles devraient réfléchir à une nouvelle organisation plus armée pour leur permettre de franchir ce cap dangereux pour reprendre l’esprit de la dernière communication de leur Présidente.
      Les dangers sont nombreux et les St Christophe rares.
      Ne laissons pas aux financiers le soin de nous dicter notre futur !
      Vite vite des Assises Professionnelles de Solidarité du Tourisme pour démontrer, si besoin était, la vigueur de l’Association et sa capacité à rebondir.
      Vite avant qu’il soit trop tard.

      baladi

    2. Il semble que le sinistre provoqué l’année dernière par T.Cook a incité le Bureau à faire appel à des analystes extérieurs pour faire un constat réel des risques présents dans l’activité. TUI notamment a été déclaré Risque majeur. Le montant de sa garantie était trop peu élevé par rapport à son CA. Le Coronavirus n’a rien arrangé.

    3. La santé fragile n’est pas non plus propice à une saine réflexion. Aujourd’hui la profession sinistrée serait incapable de supporter une augmentation importante des cotisations. L’association est en grand danger selon moi.

    4. L’APST doit trouver entre 23 et 32 Millions d’€ dans les deux ans pour couvrir le désastre Thomas Cook . Or des difficultés réelles freinent une solution réaliste pour son maintient à flot. Trop tard pour décider d’un doublement des cotisations qui s’il avait été mis en place aurait permis de résoudre le problème Thomas Cook en 18 mois. En effet tels qu’indiqué dans les rapports annuels l’APST encaissé environ 18 M€ des cotisations annuellement. Or il semble que les banques refusent pour le moment un prêt de 10M€ .
      D’autre part une offre de 22M€ a été faite pour l’immeuble . L’évaluation basse de cet immeuble est de l’ordre de 28/30 M€… Les requins sentent le sang.

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