Métiers du tourisme : La diversification seule clé pour l’avenir ? par JL Dufrenne


La pandémie a bouleversé en profondeur l’économie du tourisme et tous les métiers du voyage. Des centaines de réflexions ont ainsi vu le jour pour une refonte en totalité des modèles, des nouveaux circuits de distribution, des nouvelles habitudes de consommation….

On va aussi inévitablement assister à une redistribution des cartes tant sur le transport, l’hébergement, la production que sur la distribution.
Demain, le tourisme au sens large, devra apparemment répondre à un vertueux tryptique : slow-écolo-responsable.

On ne sera plus contraint de traverser la terre pour assouvir le besoin de dépaysement : on privilégiera l’authenticité ; on deviendra adepte d’un tourisme « lent » et empathique ; on sera soucieux de la protection de notre planète.

Comment ne pas être en phase avec cette approche ? Cette révolution nécessaire ne pourra se faire que dans le temps et en s’attaquant à une complète refonte du système.
De manière pragmatique, on peut légitimement se poser la question : « et qu’est ce que l’on fait en attendant ? »

Des milliers de professionnels du tourisme se posent aujourd’hui la question : « à la sortie de la pandémie, serai-je en capacité de reprendre à temps plein mon activité et d’en vivre, tout simplement ? »
A chaque jour, son lot de reconversions , de décisions de fermeture d’établissements, de remises en questions nous font froid dans le dos.
Et toujours la même analyse : c’est la boule au ventre que tous ces professionnels du tourisme envisagent de quitter ce métier qu’ils ont embrassé
par passion. Beaucoup plus que dans d’autres métiers, cette passion est chevillée au corps.
A mon modeste niveau, je ne peux me résoudre à n’envisager que le pire et je m’emploie à trouver quelques solutions pour tendre au meilleur.

Et le meilleur, je demeure convaincu qu’on peut le trouver dans la diversification.

J’ai déjà développé cette idée de diversification avec un focus sur les locaux : nous bénéficions, pour beaucoup, d’emplacements « number one » sous- exploités (voir mon dernier article sur LaQuotidienne ICI).

Mais la diversification passe aussi par la phase de recensement de ses propres capacités dans d’autres domaines d’activités.

J’entends souvent, ces derniers temps, des professionnels désemparés qui se retrouvent en recherche d’emploi et annoncent vouloir faire tout d’abord un « bilan de compétences » car , disent-ils souvent : « je ne sais faire que mon métier ! ». Cet exercice est probablement utile mais souvent réalisé à une période troublée de sa vie professionnelle.

Pourquoi ne pas réaliser, pour chacun d’entre nous, son propre bilan de compétences. Que l’on soit chef d’entreprise, cadre ou salarié, l’exercice
permet de mettre vite en évidence ses propres « talents cachés » : informatique, gestion comptable, maitrise de différents logiciels, gestion de la
relation clients, pratique de langues étrangères, coordination de projets, ressources humaines, appels d’offres, marketing, commercial, rédaction,
traduction, accueil, …..

Il ne s’agit pas ici de se déclarer spécialiste de tout, il s’agit plutôt de sélectionner, dans l’ensemble de ces secteurs, celui ou ceux pour lesquels
chacun identifie une appétence. L’étape suivante consiste à « creuser » ces capacités et faire évoluer son expertise dans le domaine sélectionné.

Puis, vient la phase de « mise en marché » de cette offre de services.
A ce stade, l’opération n’est pas évidente car il ne s’agit surtout pas ici de changer de métier mais bien, dans une période à l’avenir incertain à moyen terme, de le conserver tout en générant un apport de revenus complémentaires avec cette activité annexe.

Pas simple car le standard français est à l’emploi mono-activité et pérenne. J’ai la conviction que nous changeons d’époque et que demain la tendance sera à la porosité entre métiers, à l’agilité.

Il faut néanmoins trouver les réseaux ou les « market place » permettant de mettre en relation la multitude de ses « talents cachés » avec la demande d’entreprises qui recherchent, de manière partielle ou occasionnelle, ces dits talents.
Résolument convaincu que la pérennité de nos professions réside dans cette diversification et cette agilité, je viens de créer une société qui permet de favoriser ces liens. J’aurais l’occasion d’y revenir prochainement plus en détail.

Demain, nos lieux de travail historiques pourraient donc, en même temps, accueillir une activité complémentaire et des salariés polyvalents. Une solution qui permettrait, si elle est bien orchestrée, de maintenir en vie durablement nos activités dans l’attente d’une profonde reconversion.

Pour conclure, je vous relate ci-dessous une anecdote que j’ai vécu hier matin : Je me rends donc avec ma sœur dans les célèbres halles de Wazemmes (un quartier de Lille) chez mon boucher habituel, un gars vraiment sympa.

Au dessus de son étal, sur la partie vitrée, quelques compositions florales et centres de tables avec une affichette « Commandez ici vos compositions pour Noel ».
Ma sœur trouve la composition jolie et le boucher, en grande forme, lui dit « si ca vous plait, pas la peine d’attendre Noël, celle-là coûte 30 euro ! ».

Bavard et plaisantin que je suis, je lui dit « bah, vous êtes fleuriste maintenant ? » et lui de me répondre « non, non mais je prends souvent les
compo de ma voisine fleuriste pour décorer la boucherie et des clients me disent, oh, c’est joli çà, on peut acheter ca où. Comme elle a pas beaucoup de taf en ce moment, je lui ai dit que je mettrai en expo quelques unes de ces compos et les clients les commandent et viennent les récupérer ici le 22 décembre, ça marche et moi çà me fait du passage en plus ! »

Cette anecdote permet d’illustrer parfaitement l’esprit de mon propos détaillé plus haut : le boucher ne deviendra jamais fleuriste mais il utilise sa boucherie et ses compétences de commerçant (excellentes du reste) pour « sortir des cases » et se diversifier.

Cette analyse pragmatique ne s’oppose en rien à une vision , moins concrète, du tourisme de demain. Elle la complète et la seconde réussira si la première se met rapidement en place.
Comme beaucoup , vous allez bouger d’ici peu, a minima d’une région à l’autre, ou dans votre ville, pour vos achats de Noël. Observez tout simplement ce qui se passe autour de vous car la réponse à nos légitimes angoisses se trouve peut-être …………chez votre boucher ou au pied du sapin.

Joyeux noël à tous !

Jean-Luc Dufrenne





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