La Vérité sur le Tourisme en Egypte (suite et fin)


Le Grand Angle de La Quotidienne.

Les signes de la reconquête

En cette fin d’été, entre Assouan et Louxor les touristes ne se bousculent donc pas sur les grands sites qui jalonnent la vallée du Nil.

Les guides francophones sont bien les plus touchés par le chômage technique imposé par la désaffection des visiteurs français.

« On travaille à tour de rôle » confie Hussein Ahmed, avouant que depuis trois ans il vit sur ses économies.

Outre la question de la sécurité, l’un des principaux griefs avancés par ceux qui envisagent de revenir en Égypte tient à la mauvaise desserte aérienne.

Pour rejoindre Louxor il nous aura fallu en effet faire escale au Caire. D’ailleurs, si l’ avion d’ Egyptair assurant notre vol entre Paris et la capitale comptait beaucoup de français, force est de reconnaître que la quasi-totalité d’entre eux se rendait à Bangkok…

On notera donc avec satisfaction la récente décision d’ Egyptair de reprendre l’ exploitation de la ligne directe Paris/Louxor à compter du 11 octobre prochain.

Du côté d’Airmasters, on semble se diriger vers une décision similaire mais l’ on attend encore que les producteurs et distributeurs du marché français se positionnent pour la saison d’hiver.

Le Groupe Accor croit en la reprise

EGYPTE- Sofitel Old WinterAvec sa vue sur le Nil et son magnifique jardin à l’arrière, le raffiné et élégant Old Winter Palace demeure féerique.

Ce fleuron du Groupe Accor décliné sous la marque Sofitel, est toujours empreint des parfums envoûtants laissés par ses illustres visiteurs.
D’Agatha Christie à Winston Churchill, de Georges Clémenceau à l’Agha Khan, nombre d’illustres clients ont séjourné ici.

Rafic Khairallah, general Manager des Sofitel de Louxor et AssouanGénéral Manager de cet établissement ainsi que de son pendant (le Sofitel Legend Old Catarac à Assouan), Rafic Khairallah (photo) n’ est pas du genre à baisser les bras.

Même quand les taux de fréquentation de ses deux bijoux ont touché le fond. Lui aussi, nonobstant les soubresauts et les effets collatéraux de la situation politique, regrette que la vallée du Nil ait été abandonnée par les responsables du pays au profit du balnéaire.

Lui aussi stigmatise le problème de la desserte aérienne et des prix pratiqués.

Mais tout cela ne l’a pas empêché de se battre. Avec le soutien inconditionnel de son Groupe.

« Pour commencer, nous avons gardé tout le personnel, ici comme dans toute l’ Égypte. Et pour survivre nous avons dans un premier temps joué la carte des groupes, incentives, mariages, conférences…. Avec pas mal de résultats ».

Est venu ensuite le temps des promotions. « C’est exact. Nous sommes allés jusqu’à proposer 60 % de réduction ! » Et voilà comment le mois d’août a permis d’arriver à 24% de remplissage.

Un chiffre qui peut paraître catastrophique vu de France, mais qui ici représente une lueur d’espoir eu égard aux résultats des trois dernières années à la même période.

« Et pour la saison d’hiver, je table sur un taux de 45 à 50% » martèle M. Khairallah qui entend faire partager son optimisme.

Sur la question de la sécurité, il tranche sans sourciller. « Même pendant la révolution, il n’y a pas eu le moindre incident ici avec un touriste. Et vous n’avez qu’ à demander aux clients de l’hôtel ! »

Chose faite. Et confirmation unanime.

Dans le cossu Victoria Lounge à l’heure du thé, au Royal Bar comme au bord de la piscine, les touristes français et belges rencontrés se moqueraient presque de nous pour poser une si stupide question. Tous sont enchantés.

Et avouent au passage vivre un rêve en ayant accès aux tarifs actuels à un si magnifique établissement.

Fort de ces constats, c’est avec encore plus de plaisir que nous avons appris que dés cet hiver de très importants travaux de rénovation vont être entrepris au Old Winter Palace. Un coup de jeune pour ce vénérable établissement qui démontre -et c’est important- que le groupe Accor a une totale confiance dans la reprise du tourisme à Louxor.

Concernant l’accueil et l’hébergement à Louxor, ce qui est édifiant demeure la poursuite de la mobilisation des hôteliers et des personnels.

Avec Mohamed Abdel Hamid, le représentant d’Excel Travel (voir le volet 2 de notre enquête), nous nous sommes livrés à une véritable inspection durant une journée entière.(1) Histoire, en débarquant au débotté, de se faire une idée réelle de l’état des installations.

Des chambres standard aux suites, des cuisines aux restaurants, des bords de piscine aux spa, rien ne devait nous échapper. Et à notre grande surprise nous avons pu constater que l’entretien de ces hôtels demeurait parfait, que tout était opérationnel et qu’ il ne manquait plus en fait que… des clients.

Voyages de Pharaon mise sur la qualité

Si côté hôtellerie tout semble en place en Egypte pour répondre à une reprise d’activité, la situation semble plus délicate en ce qui concerne la flotte de navires assurant la navigation entre Louxor et Assouan.

On l’a dit, nombre d’entre eux vieillissent très mal et leurs armateurs auront les plus grandes difficultés -techniques et financières- pour les remettre à flot. Seulement une poignée de bateaux assure actuellement des croisières, et les rares TO français qui commercialisent encore ce produit éprouvent parfois des difficultés pour annoncer à leur client le nom de leur embarcation.

Il y a pourtant dans ce domaine en Egypte un homme pour qui le soleil qui se lève chaque matin sur le Nil est synonyme de lueur d’espoir. Cet homme, c’est Mohamed Salem, président (et fondateur en 1994) de Voyages de Pharaon à Paris.

Ce petit Tour Opérateur, qui se définit plutôt comme un producteur spécialisé, vend à certains confrères mais reconnaît assurer quasiment son chiffre hors réseaux.

En 2009, il prend l’initiative d’investir et de lancer la construction de son propre Dahabiya, le Rois, qui sera mis à l’eau fin 2010… à quelques encablures des événements que l’on sait en janvier 2011 !

De quoi vous plomber le moral en même temps que vos comptes pour le commun des mortels. Mais il en aurait fallu plus. A ce jour, le Dahabiya Rois est paré à la manœuvre et la saison d’hiver s’annonce sous les meilleurs auspices.

Cette petite unité de 10 cabines peut donc accueillir 20 passagers au maximum.

EGYPTE Sherif Farouk, Dahabiya Rois, Voyages de PharaonEn compagnie de Shérif Farouk, le directeur du navire, et des principaux cadres de son staff (photo ci-dessus), nous avons pu visiter le luxueux emblème de Voyages de Pharaon. Compte tenu de son petit gabarit, le Dahabiya Rois peut naviguer sur la rive gauche du Nil, et accéder à des quais privés plus proches de la nature et plus confidentiels.

Bénéficiant de la présence d’un guide francophone durant toute la croisière, les passagers ayant réservé en Egypte ont de surcroît la garantie de partir quoi qu’il advienne. « C’est clair. Même avec deux cabines occupés seulement, nous assurons » répète Mohamed Salem.

Depuis le début de la crise, le patron de Voyages de Pharaon n’a pas voulu pour autant brader le produit. « J’ai eu beaucoup de demandes des gens.com » souligne t’ il en évoquant avec humour les internautes. « Mais pas question de brader le produit ! » affirme t’ il.

En attendant, Shérif Farouk et son équipage (20 personnes tout de même) astiquent le Dahabiya comme jamais. Dans quelques jours ils lèvent l’ancre. Et tous, au cours d’un déjeuner traditionnel partagé avec eux à la table familiale dans leur fief de Kamola, nous ont assuré de leur détermination à faire revivre le tourisme dans leur pays.

L’exemple du pionnier Salem devrait ainsi donner à réfléchir. Et amener de l’eau au moulin de ceux qui prônent une orientation plus qualitative que quantitative du tourisme dans la vallée du Nil.

Nous revient alors à l’esprit cette réflexion conduite en 2008 déjà par une chercheuse, politologue et arabisante, dans une remarquable thèse portant sur « l’impact du tourisme international à Louxor » .

Cette jeune femme, Sandrine Gamblin expliquait alors -arguments à l’appui- qu’il serait préférable que l’ Égypte se tienne à l’écart de cette tendance mondiale au tourisme de masse.

« Il faut surtout qu’elle travaille sur la qualité plutôt que sur la quantité. Sinon, elle risque de perdre sa spécificité. Je pense que le pays a plus à gagner en se distinguant sur le marché méditerranéen et en travaillant sur la qualité de ses services ».

Prémonitoire la réflexion de Mme Gamblin? Et si la crise actuelle n’était qu’un mal pour un bien ?

Jean BEVERAGGI

A Louxor pour La Quotidienne

(1)Nous avons visité dans l’ordre le Sonesta Saint George Hotel, le Steigenberger Nile Palace, le complexe Jolie Ville de Kings Island et enfin le Hilton.

Photos/J.B pour La Quotidienne

1/ Le Sofitel Old Winter Palace, perle de l’hôtellerie sur les rives du Nil, va subir une cure de jouvance

2/ Rafic Khairallah, général Manager des Sofitel de Louxor et Assouan

3/ Shérif Farouk et son staff du Dahabiya Rois, le luxueux navire de Voyages de Pharaon





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