Airbus bombe le torse


L’audacieux accord noué entre Airbus S.E et Bombardier Inc. marque le début d’une nouvelle aventure aéronautique entre des avionneurs qui se cherchaient et qui sont désormais partenaires. En acquérant, sans bourse délier, 50,01 % de participation dans le programme Cseries, le biréacteur commercial petit porteur moyen-courrier de l’entreprise familiale Québécoise, Airbus envoie un message fort à Boeing Corp. Son meilleur et principal ennemi.

Ce faisant, les nouveaux partenaires font un beau pied-de- nez à l’administration américaine.

Ensemble, ils apportent un sujet de réflexion non négligeable aux autorités américaines : la création d’une usine de montage en Alabama. Une unité d’assemblage final susceptible de créer de nombreux emplois aux travailleurs américains.

En accord avec l’isolationnisme. Le cheval de bataille préféré de Donald Trump.
Mais revenons à la genèse de cette histoire.

Craignant que le Cseries ne permette à Bombardier de devenir un autre Airbus situé à ses frontières. Ce dernier a manipulé l’administration américaine en l’incitant à mettre en place le protectionnisme clef de voûte du programme de Donald Trump. Sur le principe nationaliste d’ «America first».

La sanction punitive mise en place fut sans appel : application d’une nouvelle taxation anti-dumping de 80 % sur le prix de vente à l’importation des Cseries. Droit compensatoire s’ajoutant aux 220 % déjà infligés le mois dernier par Washington.

Le compte est bon 300 % de surcoût pour acheter des avions Bombardier. De quoi détruire définitivement les ambitions américaines du groupe canadien.

Pourtant, les avions de la gamme Cseries n’entrent pas vraiment en concurrence ceux de Boeing.
Mais, c’était sans compter sur l’imagination et la solidarité d’Airbus. La réponse fut pertinente, adaptée et appropriée.
Une réponse du berger à la bergère.

Mais pour Airbus, ce coup d’éclat est un véritable défi. Certes, l’avion existe, il est certifié et vole. Les premiers clients se déclarent très satisfaits.
Mais, le programme, j’ose le néologisme, est « argentophage. » De ce fait, Bombardier Inc. s’est engagé à absorber une perte prévisionnelle de 700 millions de dollars après clôture des comptes annuels. L’équilibre financier devrait être atteint en 2020.

Les risques d’Airbus sont donc limités. De plus, son investissement est basé sur le cours actuel des actions de Bombardier. Des titres boursiers, qui en raisons des crantes concernant l’avenir du programme Cseries ont perdus les deux tiers de leur valeur depuis deux ans. Le potentiel de hausse est de ce fait considérable. Une belle affaire en perspective.

De plus, 350 commandes sont déjà enregistrées, mais le marché est porteur. Il est estimé à 6000 petits avions au cours des vingt prochaines années. A plus de 70 millions de dollars l’unité, le calcul est vite fait.

Quoi qu’il en soit l’accord est gagnant/gagnant. Il pérennise l’avionneur canadien qui n’avait pas les reins assez solides pour faire cavalier seul. Il le sort d’un affrontement difficile avec Boeing et le gouvernement américain qui tentaient de l’étouffer. La puissance commerciale d’Airbus devrait aider à gagner cette nouvelle bataille.

La morale est simple : lorsque l’on engage une bataille, sur son propre terrain, on doit s’assurer que l’on a tous les moyens de pouvoir donner, sans coup férir, le coup de grâce à son adversaire. Boeing Inc. semble avoir oublié certains des principes chers à Sun Tzu (l’Art de la Guerre.)

François Teyssier





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