Tunisie, chacun se méfie de l’autre


En Tunisie, le dialogue national entre gouvernement et opposition n’a toujours pas commencé. Et pire encore, censé sortir le pays de la profonde crise politique et économique dans laquelle il s’enfonce depuis trois mois, il a fait place à une série de violences dont on ne voit pas, pour l’instant, la fin tant espérée.

Jeudi après-midi à une centaine de km à l’ouest de Tunis, cinq membres d’Ennahda, le parti islamiste au pouvoir en Tunisie ont ainsi été blessés dans l’attaque de leur local de Béja.

 » Des centaines, voire de milliers d’assaillants ont jeté des pierres et des cocktails Molotov« , affirme un représentant local du mouvement.

Cette attaque est la deuxième contre des bureaux d’Ennahda en moins de 24 heures.

Le Premier ministre Ali Larayedh avait annoncé la veille un « engagement sur le principe de renoncer au gouvernement », sans évoquer de délais, ce qui avait provoqué la colère de l’opposition et de la rue.

Selon Noureddine Ennaifer, expert en sécurité globale et professeur à l’Université Tunis El Manar,  » le premier ministre a discrédité le dialogue national et s’est discrédité lui-même devant l’opinion publique nationale et les partenaires internationaux de la Tunisie.
Ce qui s’est passé hier à Sidi Bouzid aggravera une situation économique déjà fragilisée. Ceux qui pensaient réellement reprendre leurs investissements sur la Tunisie commenceront à revoir leurs orientations, ceux qui étaient hésitants annuleront et ainsi de suite. Et c’est tout à fait normal, lorsque nous vivons une ambiance aussi délétère. L’économie a besoin de clarté, de visibilité de décisions tranchantes, de stabilité et de sécurité
« .

Il semble bien désormais que chaque tentative de parvenir à un terrain d’entente entre le gouvernement dominé par le parti islamiste Ennahda et l’opposition, soit désormais précédée d’un attentat ou d’affrontements meurtriers.

Hier soir, sur l’avenue Habib-Bourguiba, c’était au tour d’un millier de militants d’Ennahda d’investir les lieux. « La révolution, jusqu’au bout, Allah Akhbar ! », scandaient des manifestants très remontés en dénonçant les manipulations attribuées à des partisans de l’ancien régime.

Pourtant sur le plan économique, les nombreux observateurs s’accordent à dire que a nouvelle classe dirigeante n’est pas à la hauteur des défis sociaux que le pays devait relever.

 » Le népotisme et la corruption restent bien vivaces, comme sous Ben Ali » précise Noureddine Ennaifer.

En jouant la montre sur le calendrier institutionnel jusqu’à la paralysie, en ménageant les tenants d’une islamisation plus poussée des mœurs et en ne répondant pas aux attentes sociales du peuple tunisien, les dirigeants actuels sont, de l’avis de tous, en train de scier la banche sur laquelle ils sont assis. Sur laquelle tout le peuple tunisien est assis …

Depuis ce week-end, le ministère des Affaires étrangères recommande aux Français d’observer une «grande prudence» pour les voyages en Tunisie, notamment lors des déplacements dans les gouvernorats frontaliers de Kasserine, Le Kef et Jendouba, ainsi que dans la zone de Goubellat-Dougga dans le gouvernorat de Béja, à une centaine de kilomètres de Tunis.





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