Trafic aérien : La France est-elle toujours championne en gestion aéroportuaire


Il n’y a pas trop de secteur d’activité où la France peut s’enorgueillir d’une position de leader mondial. C’est pourtant ce qui arrive dans l’un des environnements les plus mis en concurrence : la gestion aéroportuaire.

En dehors des deux grands opérateurs français : le groupe ADP et Vinci Airports, seuls trois grands acteurs pointent leur nez : l’australien Macquarie, l’espagnol Ferrovial et l’allemand Fraport. Bien sûr de nombreux autres opérateurs se positionnent sur le marché comme British Airport Authority ou Beijing Capital International, mais aucun n’a réussi, pour le moment à détrôner les champions français.

Les enjeux sont considérables. Ils sont économiques mais aussi stratégiques. C’est d’ailleurs ce qui explique que nombre de grosses plateformes soient encore contrôlées par des intérêts nationaux.

Les grands pays disposent tous d’une importante infrastructure aéroportuaire. Si on ne prend en compte que les plateformes ouvertes au trafic international, on en compte 163 aux USA qui viennent loin devant les 73 russes.

Après il faut descendre une grande marche. La Chine n’en compte que 46 sur les 244 aéroports ouverts au trafic régulier. Puis vient le milieu du classement avec la France : 39 aéroports, Le Mexique et le Brésil : 35 et 33, l’Italie et l’Espagne avec 32. Et curieusement de grands pays économiques arrivent plus loin : le Royaume Uni 29, l’Inde 25, l’Allemagne 23, et le Japon 22.

L’Argentine et l’Australie ferment la marche avec 14 et 12 aéroports internationaux.

Les enjeux de la gestion aéroportuaire sont considérables. Le trafic mondial va doubler d’ici 2032. Il faudra alors transporter 8 milliards de passagers soit 4 milliards de plus qu’aujourd’hui.

Pour appréhender ces chiffres vertigineux, il faut les diviser. Cela correspond à 219 millions de passagers par jour, 913.000 toutes les heures ou encore plus de 15.000 passagers par minute ou 250 par seconde.

Or tout ce beau monde devra transiter par les aéroports. Et on leur demandera d’arriver de plus en plus tôt pour être certains d’attraper leur vol, mais aussi et surtout, pour acheter ce dont ils n’ont pas besoin dans les boutiques aéroportuaires.

Il faut rappeler qu’un grand aéroport tire ses recettes de plusieurs activités, qui sont toutes aussi lucratives les unes que les autres. La lecture des comptes 2018 du groupe ADP est d’ailleurs très éclairante.

Le chiffre d’affaires s’établit à 4,478 milliards d’€ pour un résultat net de 617 millions d’€ soit 14 %.

Aucun transporteur sauf peut-être COPA Airlines ne peut approcher un tel résultat. Ce dernier est acquis certes par les activités aéronautiques qui représentent encore 42 % du chiffre d’affaires, mais aussi par les commerces et services : 22 % et surtout par les activités internationales qui se montent à 32 % du chiffre d’affaires.

Aussi le groupe ADP a considérablement développé ses activités annexes au transport aérien en affichant plus de 58.000 m² de surfaces commerciales et autant de surfaces immobilières.

Bref le secteur aéroportuaire se porte magnifiquement et il n’y a aucune raison que cela ne continue pas.

Raison de plus pour attirer de gros investisseurs. Car il faut avoir les reins solides et un savoir-faire considérable pour se lancer dans l’aventure. C’est ce qui a permis à Vinci Airport de devenir l’un des principaux acteurs en réalisant le contrôle du deuxième aéroport londonien : Gatwick.

Le groupe a mis du temps à apprivoiser le secteur. Il s’est d’abord positionné sur des aéroports secondaires français avant le monter dans la zone des aéroports pluri millionnaires puis de s’attaquer aux plus gros morceaux.

En 2018 Vinci Airport a réalisé un chiffre d’affaires de 1,600 milliard d’€, loin derrière le groupe ADP et même Fraport qui a fait 3,478 milliards d’€.

Mais Vinci Airport a réalisé un résultat net comparable à ses concurrents : 465 millions d’€, soit un ratio de 29 % du chiffre d’affaires, excusez du peu alors que Fraport pourtant 2 fois et demi plus important n’affichait que, si l’on peut dire, 474 millions d’€ de profit soit 14 % du chiffre d’affaires, tout à fait comparable au résultat du groupe ADP.

Il reste encore un champ d’activité considérable à conquérir. Plus les groupes grandissent et plus ils acquièrent une précieuse expérience qui leur permet de tirer le meilleur parti des aéroports qu’ils contrôleront à l’avenir.

Un passager dépense en moyenne entre 18 et 20 € dans l’aéroport où il transite. Il n’y a aucune raison pour que ce montant n’augmente pas dans le futur.

On peut compter sur les spécialiste de la gestion aéroportuaire pour proposer sans cesse de nouveaux produits ou services rémunérateurs.
Alors bon vent au pavillon français.

Jean-Louis Baroux





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