Surcharge carburant – Taxe YQ, ce que vous ne savez pas …


Alors que le pétrole ne cesse de faire parler de lui à la baisse, nous avons voulu savoir ce qu’il en était de la surcharge carburant, la fameuse ligne YQ des billets d’avion, en interrogeant séparément deux personnalités qui ne mâchent pas leurs mots et n’ont pas non plus leur langue dans la poche : Jean-Pierre Sauvage, le Président du BAR, et Fabrice Dariot, le fondateur de l’agence internet bourse-des-vols.com. Avec ces deux avis bien tranchés, le débat reste ouvert.


La Quotidienne
 : Avec un pétrole qui oscille entre 35 et 45 $ le baril, la fameuse «ligne» YQ est-elle encore justifiée ?

Jean-Pierre Sauvage : Remettons d’abord les choses dans leur contexte. Et précisons tout de suite que la surcharge compagnie est un élément tarifaire constitutif du prix : ce n’est pas une taxe, domaine qui relève du législateur ou de l’État. Souvenons-nous que cette surcharge est intervenue lorsque le pétrole était à 70 $ le baril ; cela relativise son poids par rapport aux prix actuels. Elle a ensuite évolué selon les aléas du marché pétrolier et je remarque que, lorsque le brent remonte comme mercredi dernier par exemple, la bourse gagne 3 % ; ce qui prouve la confiance que les investisseurs peuvent placer dans la tendance actuelle des prix.

jean pierre sauvage-président du BARCela étant, l’article 23 du Règlement européen 1008/2008 impose aux transporteurs d’afficher un prix TTC et de faire ressortir tous ses éléments constituants comme taxes, redevances aéroportuaires ou suppléments liés à la sûreté et au carburant ; tous les transporteurs doivent respecter ce cadre légal : le prix annoncé doit être le prix payé. On est donc dans un faux débat où l’on prétendrait se substituer aux compagnies pour fixer leurs prix. Comme tout acteur économique, elles ont le droit de calculer leurs tarifs comme elles le veulent, en tenant compte de leur compétitivité, de leur modèle industriel ou de leur souplesse commerciale.

La surcharge compagnie, taxe YQ, fait partie intégrante du prix des billets et en définir le niveau demeure de la seule responsabilité économique de l’opérateur. Dès lors il est tout a fait légitime de dénier a toute autre d’intervenir à ce sujet, quelque soit sa place dans la chaîne de valeur. Les compagnies low cost découpent leurs tarifs, avec le supplément bagage, le siège préférentiel et autres… même si elles n’affichent pas de surcharge carburant, elles construisent bien leur prix comme elles l’entendent… selon leur propre modèle. Et ça paraît tout à fait normal, non ?

Par ailleurs, comment comparer utilement l’aérien avec d’autres secteurs, comme l’automobile par exemple, où l’on vend un bien déterminé et stockable quand l’aérien vend un service périssable, sans stockage possible, et donc directement soumis aux fluctuations de matières premières aussi volatiles que le pétrole.

Je rappelle que le carburant représente en gros 28 à 30 % des coûts de production d’une compagnie aérienne dite traditionnelle…

Fabrice Dariot : Face à la taxe YQ, la profession ressent un trouble véritable… Le lobby aérien a obtenu du législateur – il y a fort longtemps – une dérogation réglementaire qui lui permet de réviser, après-vente, le prix du titre de transport au gré de la variation des cours du baril de pétrole… Est-ce la seule profession qui puisse le faire ? Probablement. Vous imaginez un boulanger qui annonce à 1 € le prix sa baguette et vous déclare au moment de payer : ce sera 1,2 € car je dois ajouter le coût de l’énergie qui alimente mon four ?!

fabrice Dariot-bourse des volsDans l’automobile ou dans le mobilier, on s’interdit de d’exiger de vous, à la livraison, un prix exclusif de la variation des coûts de production et matières premières… Le péché originel ? Avoir accepté cette dérogation au droit commun.

Soyons réalistes : c’est le règne de l’arbitraire, et certaines compagnies font ce qu’elles veulent. Elles sont nombreuses à calculer la variation de la surcharge carburant comme elles l’entendent, dans la plus totale opacité. Quel est le prix de référence du pétrole retiennent-elles ? Sur quelle place de marché, pour quelle qualité et à quelle date ? Personne ne sait comment elles fixent le montant de leur YQ, ou de leur YR…

Résultat, cela se fait au détriment du consommateur ! Il ne s’agit pas de jeter l’anathème sur toutes les compagnies, car toutes ne font pas ce genre de gymnastique, mais seulement de dire que cette situation débouche sur des abus, des dérapages comme on dit aujourd’hui. Très simplement, il faut dire que le législateur doit prendre ses responsabilités et tirer un trait sur la YQ qui n’a plus, qui n’a jamais eu lieu d’être.

Aux compagnies de fixer leur prix correctement et de se couvrir financièrement contre une évolution défavorable du prix du carburant ; c’est le lot de n’importe quel industriel… Evidemment, ce doit être fait à l’échelle européenne pour éviter toute concurrence déloyale.

LQ. : Du point de vue comptable, comment est gérée cette ressource alors que la charge exceptionnelle qu’elle couvrait s’est considérablement réduite ?

FD. : Il faudrait demander à leur commissaire aux comptes… ; on peut imaginer qu’elles changent juste de ligne comptable et d’appellation : au lieu de surcharge, on va parler de frais X ou Y, de transport, de compagnies ou autres… Un simple jeu d’écriture ? Mais si la charge que cette ressource devait couvrir s’est effondrée, le résultat d’exploitation peut s’envoler.

C’est ce qu’on constate actuellement. De plus, en segmentant les éléments de leur prix réel, elles peuvent aussi passer pour moins chères qu’elles ne le sont véritablement ; dans l’affichage GDS, par exemple, on ne tient pas toujours compte des YQ et autres YR… Si mon boulanger de tout à l’heure voulait s’amuser à ce petit jeu, le DGCCRF viendrait vite lui dire deux mots. Attention, il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain : le transport aérien est moins cher qu’il y a 10 ans ; l’inflation vient surtout des taxes et redevances d’aéroport : donc, une fois encore, pas question de jeter l’anathème sur toutes les compagnies aériennes qui ont fait d’énormes efforts de productivité.

JPS. : Je le répète, la surcharge est un élément constitutif du prix. Chacun fait donc comme il veut et fait apparaître les divers éléments de son prix comme il l’entend. Cela dépend surtout de sa stratégie marketing et de sa communication. Ce qui est important, comme l’exige l’Europe, c’est que le prix affiché soit le prix payé, sinon la DGCCRF risque de se pencher sur son cas. Et ça vaut pour tous les canaux de vente ; en distinguant bien, toutefois, le « prix à la réservation » du « prix à l’émission » qui, lui, intègre la surcharge et peut donc être différent compte tenu des aléas potentiels des coût de carburant.

LQ. : Que répondre aux TO ou aux agences qui se plaignent d’avoir du mal à justifier au près de leurs clients un surcoût carburant avec la baisse actuelle du pétrole ?

JPS. : Je n’entre pas dans la manière dont ils construisent leur marge… En revanche, c’est vrai, ils peuvent réserver, parfois sans beaucoup de contraintes, des contingents longtemps à l’avance, mais en bloquant par ailleurs la possibilité de ventes immédiates. En revanche, ils ne les payent pas dans les mêmes délais. Ils ont un « escape » avec des délais de rétrocessions souvent proches de la date de départ et ils bénéficient la plupart du temps de tarifs IT, donc négociés. Le client ne sait ni comment ni combien ils payent leurs billets d’avion puisqu’ils sont intégrés dans le prix total du forfait.

FD. : Pour un TO qui fait sa brochure et ses prix très à l’avance, c’est vrai que cela pose un problème de relations commerciales et de communication. On lui refile un peu la patate chaude… D’autant plus qu’en cas d’annulation par exemple, le montant de la « ligne » YQ n’est pas toujours remboursable. Cela dit, n’est-ce pas à l’ECTA et au SNAV de prendre l’étendard du consommateur pour demander la fin de cette surcharge YQ ?
Pourquoi ne pas s’appuyer sur la Commission Européenne qui se targue de privilégier la défense du consommateur ; il faut en profiter.

Propos recueillis par Bertrand Figuier





    1 commentaire pour “Surcharge carburant – Taxe YQ, ce que vous ne savez pas …

    1. tout cela sent bien la grosse arnaque du XXI siècle du prix du billet d’avion
      il faut obligatoirement instaurer une transparence des tarifs sur le plan Européen, voir mondial.
      Que dire d’un billet d’avion « non remboursable » , à l’exception des taxes, donc le consommateur doit connaître à l’avance le montant des taxes qui lui seront remboursé. Il faut respecter les droits des voyageurs.
      MIGUELITO

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