La consolidation en Europe, à quel prix ?


baroux-1Il serait surprenant que l’année 2014 ne voie pas une certaine consolidation du transport européen.

Aux Etats Unis, c’est chose faite depuis la fin de 2013 avec le rapprochement d’American Airlines et de US Airways.

Mais cette supposée « rationalisation » du secteur aérien américain ne s’est pas faite sans douleur. Il faut tout de même se mettre à la place des 30 % d’effectifs licenciés de manière brutale.

L’option du passage par le « Chapter 11 », en clair le dépôt de bilan à l’américaine, c’est-à-dire très souple par rapport à la réglementation européenne, avait pour principal objectif de museler les syndicats afin de pouvoir « dégraisser », désolé, le mot est affreux, les compagnies aériennes historiques.

Rappelons-nous la liste des transporteurs disparus : Pan Am, TWA, les deux compagnies emblématiques des années 1960 à 1980, Northwest, Continental, Eastern Airlines, Western Airlines, Braniff, Republic, America West Airlines, et j’en passe.

Toutes ces compagnies étaient de taille respectable, toutes détenaient un savoir-faire indéniable, toutes opéraient dans un marché en pleine croissance, et pourtant cela n’a pas suffi à les sauver.

Le dernier exemple de consolidation est d’ailleurs très symptomatique. Au départ US Airways, compagnie de bonne taille composé par la fusion de 5 transporteurs régionaux, était dans un très mauvais état économique. L’intégration des cultures des compagnies absorbées ne s’est pas faite facilement et elle a coûté une fortune.

Bref  US Airways va mal et elle est rachetée, certes par fusion des capitaux, par America West Airlines, laquelle était en bien meilleure santé, mais plus petite que US Airways. C’est donc le nom de cette dernière qui est choisi. Exit America West Airlines.

Et puis vient le cas d’American Airlines. Cette dernière traîne depuis des années son arrogance et des coûts d’exploitation trop élevés. Pour se restructurer elle n’a d’autre choix que de passer sous le « Chapter 11 ». Et elle licencie à tout va. Mais pour revenir en situation normale, elle recherche un appui.

Et c’est US Airways qui va le lui fournir. Or donc, American Airlines fusionne son capital avec une compagnie en bien meilleure santé et c’est d’ailleurs le dirigeant de US Airways, Dough Parker, qui va prendre les rênes du nouvel ensemble lequel s’appellera … American Airlines. Celui qui mange est mangé à son tour par un plus gros, plus malade.

Eh bien, les mêmes causes produisent les mêmes effets. Ce qui se passe aux Etats Unis vient inéluctablement en Europe avec un décalage de 3 à 5 ans. C’est d’ailleurs exactement ce qui s’est passé pour l’arrivée des « low costs » dont les responsables des compagnies européennes avaient prédit qu’ils ne pourraient pas exercer de manière profitable sur un territoire aussi exigu et atomisé que l’Europe.

On a vu ce qui est arrivé. Et les conséquences ont été identiques à celles que les compagnies traditionnelles ont supportées aux USA. La libéralisation de l’espace aérien a permis le développement des « low costs » et les transporteurs traditionnels n’ont pu s’y opposer car finalement, ce sont les électeurs et donc les consommateurs qui commandent.

Alors, la lente dérive vers la consolidation a été entamée. Les transporteurs les plus fragiles : Alitalia et Olympic Airways ont été les premiers touchés. Ils sont passés à la trappe, même si les marques ont tenté de survivre. La deuxième phase est entamée avec le rachat d’Iberia par British Airways et la création des groupes Lufthansa et Air France/KLM. Mais l’histoire ne s’arrêtera certainement pas là.

Pourquoi l’Europe devrait-elle rester dans la configuration actuelle ? De nouveaux acteurs pointent leur nez et ils sont puissants : Turkish Airlines et Aéroflot auront certainement leur mot à dire dans l’organisation européenne.

Et puis pourquoi le périmètre de consolidation s’arrêterait-il aux frontières européennes ? Que se passera-t-il si la seule façon de sauver la nouvelle Alitalia est de passer sous la coupe d’Etihad Airways ? Comment freiner les ambitions du Qatar dans le transport aérien ? Arrêtera-t-on l’octroi des droits de 6ème liberté à Emirates qui a déjà ouvert une brèche à Milan ?

Les transporteurs européens sont fragiles. Ils ne disposent pas d’une législation souple pour épauler leur nécessaire restructuration. Pour résoudre la baisse de leurs coûts ils sont conduits à mettre en place des plans de départ volontaires ruineux.

Il serait bien surprenant que de nouveaux rapprochements ne se fassent pas en 2014. Et je ne suis pas certain que cela serve les intérêts des clients, des personnels et pour tout dire des Etats Européens et même de l’Union Européenne.

Jean-Louis BAROUX





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