Faillite de Norwegian, une mauvaise stratégie de prédateurs


Décidément les leçons de l’histoire ne servent pas à grand-chose. La récente faillite pourtant largement annoncée de Norwegian aurait pourtant dû faire réfléchir. Son histoire est emblématique des dérives du transport aérien. Partant d’un modeste transporteur domestique norvégien : Norwegian Air Shuttle qui opérait des Fokker 50, son président Bjorn Kjos, pris par la folie des grandeurs, a souhaité en faire non seulement un important transporteur mais plus que cela, un modèle de ce que pouvait devenir un transporteur low cost long-courrier.

En fait le modèle reposait uniquement sur la fuite en avant. Les commandes d’avions servaient a obtenir un peu de cash pour supporter une expansion supposée apporter la rentabilité. Autrement dit en perdant à l’unité, il pensait gagner à la quantité. C’est ainsi que le système s’est emballé.

Après avoir ouvert une première base à Londres Gatwick en 2012 pour faire du court-courrier, il a créé un réseau qui n’avait plus ni queue ni tête, uniquement des opportunités à très court terme. Alors la groupe s’est installé en Irlande, en Suède, puis en France, en Espagne, aux USA et même en Argentine sans aucune cohérence opérationnelle.

Il fallait grossir à tout prix pour payer les charges de leasing qui ne cessaient d’augmenter au fil des acquisitions d’appareils lesquelles permettaient d’assurer une trésorerie à très court terme.

Et comme le volume de sièges offerts ne cessait de s’accroître, il fallait bien remplir les avions et pour cela mettre sur le marché des tarifs qui n’avaient aucun sens économique. Et, inéluctablement, les résultats n’ont cessé de se dégrader pour atteindre une perte opérationnelle de 385 millions d’euros pour la seule année 2018.

La recette était descendue, en moyenne annuelle, à 2 cents d’euro par siège kilomètre, ce qui portait le revenu par passager sur un Paris / New-York, par exemple à 220 € l’aller-retour.

On voit bien que cette pratique était insoutenable. Et d’ailleurs elle a entrainé les conséquences que l’on connait.

Seulement entre temps elle a fait de considérables dégâts, et d’abord en France. En s’installant à Paris CDG, Norwegian a ouvert des lignes vers New York, Los Angeles, Fort Lauderdale, mais aussi vers Pointe à Pitre et Fort de France.

Et elle a lancé ses tarifs sur le marché français afin de remplir les appareils qu’elle devait bien opérer pour assurer se survie. Ce faisant, elle a mis dans la tête des consommateurs qu’un aller-retour sur le transatlantique ne valait pas plus de 220 euros, ce qui est en dehors du bon sens.

Mais les clients ne sont pas censés savoir ce qui est juste ou non, ils veulent seulement payer le moins cher possible. Cette pratique a tout simplement coûté la vie à XL Airways France qui n’a pas pu soutenir la concurrence avec ces niveaux tarifaires. Cela n’a d’ailleurs pas sauvé Norwegian du désastre. Ainsi avec cette pratique économique basée largement sur ce qu’on appelle de la « cavalerie », Norwegian a tué une compagnie valeureuse sans pour autant y gagner quelque chose.

Curieusement les autorités françaises ont laissé le transport aérien long courrier français se fragiliser en n’empêchant pas le transporteur nordique d’appliquer des tarifs dont tous les professionnels savaient bien qu’ils constituaient de la vente à perte.

Les services de la DGAC pourtant très prompts à créer des réglementations dont les compagnies pourraient très bien se passer, ne se sont pas intéressés à cette pratique alors qu’ils auraient pu tout au moins demander à Norwegian comment ils pouvaient justifier que les prix de vente pouvaient équilibrer les coûts.

Or voilà qu’une nouvelle compagnie Norse Atlantic Airways vient de se créer avec l’idée d’opérer des vols long-courriers à partir de la France et de Roissy précisément. Les actionnaires en sont Bjorn Larsen avec 63 %, Bjorn Kise avec 12 % et on retrouver Bjorn Kjos avec 15 % le même qui manageait Norwegian avec le succès que l’on connait.

Alors la question se pose, va-t-on laisser ce nouveau transporteur opérer sur le marché français en utilisant les mêmes recettes qui ont fait tant de dégâts par le passé ? Norse Atlantic Airways a annoncé un début d’opérations pour le mois de décembre de cette année.

Il serait temps que les autorités se préoccupent d’interdire une bonne fois la vente à perte, afin d’éviter les désastres non seulement pour les transporteurs qui ont des pratiques raisonnables, mais également pour les salariés qui sont laissés sur le carreau sans savoir auprès de qui se retourner et même les clients qui n’auront aucune chance de récupérer les billets achetés auprès de Norwegian et qui n’ont pas été consommés.

La récente période que le transport aérien vient de traverser si difficilement doit au moins apprendre à ce secteur d’activité que la course au volume est suicidaire.

Jean-Louis Baroux





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