Des assises du transport aérien. Oui mais pour quoi faire ?


Les assises du transport aérien sont attendues par les professionnels du secteur mais aussi sans doute par nombre d’élus depuis qu’elles ont été annoncées à l’automne dernier. A vrai dire on n’en connait pas encore l’organisation, laquelle sera dévoilée en fin du mois de mars. Mais lors d’une longue interview donnée par Mme Elisabeth Borne, la Ministre des Transports, à Fabrice Gliszczynski de la Tribune, les grandes orientations ont pu être perçues. Et elles posent tout de même quelques questions.

Je note d’abord que Mme Borne pratique merveilleusement la langue de bois, ce qui lui évite de répondre de manière directe aux excellentes questions du journaliste. Je veux bien que cette manière de s’exprimer puisse s’expliquer par le souci de ne pas tirer les conclusions avant que les discussions aient pu avoir lieu. Il est vrai qu’on aurait pu lui reprocher le contraire. Mais enfin il reste quelques fortes interrogations.

Si j’ai bien compris les Assises vont s’articuler autour de quelques grands thèmes liés aux « performances ». Il s’agit de l’économie des compagnies aériennes, des aspects environnementaux, de l’aménagement du territoire, des aspects sociaux et même de l’innovation pour les passagers.

Voilà qui est fort bien. Ce qui pose un premier problème tient dans les responsables des groupes de travail. Hormis Lionel Guérin, je ne vois personne d’identifié dans le monde aérien que pourtant je crois assez bien connaître. Certes il n’est pas question de mettre en doute les capacités des responsables politiques : députés, sénateurs ou présidents de région pressentis pour mener à bien les sujets, mais il est tout de même inquiétant de ne pas voir des professionnels reconnus aussi bien dans les compagnies aériennes, les aéroports, les agents de voyages, et même de l’Aviation Civile.

Autre interrogation : on ne voit pas apparaître certains sujets qui pourtant sont au centre des préoccupations des professionnels : les grèves récurrentes des contrôleurs aériens, les acheminements ville-aéroports, les rapports entre les compagnies aériennes, par exemple.

Je note par ailleurs que le BAR (Board of Airlines Representatives), qui regroupe les compagnies étrangères opérant en France, n’est pas invité aux débats alors que ces transporteurs représentent plus de la moitié du trafic. Je ne doute pas que son président Jean-Pierre Sauvage ne réclame la place qui devrait lui être due.

Et puis, les sujets qui fâchent seront évacués, au premier rang desquels le statut d’Orly qui ne sera même pas évoqué dans l’atelier environnemental. Voilà qui est pour le moins étrange lorsque l’on sait que, contrairement aux riverains de Roissy protégés des excessives nuisances sonores par la pratique des quotas de bruit, les populations voisines d’Orly doivent encore subir une gestion à partir des mouvements d’avion, quels que soient le bruit des appareils utilisés.

Restent quelques sujets importants qui ne seront que très peu abordés, alors qu’ils constituent le quotidien des préoccupations des compagnies aériennes.

Je veux parler des relations avec les compagnies du Golfe qui seront renvoyées à la Commission Européenne, le niveau des charges sociales dont Mme la Ministre annonce qu’on « ne renversera pas la table » sur ce sujet et que toute comparaison avec le maritime n’a pas de sens ou encore des participations de l’Etat dans Air France et Aéroport de Paris qui peuvent être envisagées pour ADP et pas pour la compagnie nationale ce qui, tout de même, pose un sérieux problème aux concurrents français lesquels ne bénéficient pas de la protection gouvernementale.

Au fond on a l’impression que tout cela manque de souffle. Où est la grande vision pour un transport aérien français conquérant, apte à se développer dans d’autres territoires européens, comme le font par exemple Lufthansa ou le groupe IAG ? Comment développer une compagnie « low cost » indépendante et performante ?

Comment utiliser le transport héliporté pour désenclaver les quelques 20 préfectures et 50 sous-préfectures non desservies ni par une autoroute ni par un TGV ? Comment utiliser le transport aérien en complément du transport ferré et non comme un concurrent ? Comment devenir un exemple dans le traitement des passagers dans les aéroports ? Comment envisager une réorganisation des « petites » compagnies françaises pour éviter qu’elles se fassent la guerre, tout en gardant leur personnalité ? Comment enfin faire de la France qui a été pendant des décennies à la pointe du transport aérien mondial, un modèle d’équilibre entre les différents acteurs et un modèle de développement ? Après tout la conversion de l’industrie automobile a bien été réussie, pourquoi n’en serait-il pas de même dans le secteur aérien ?

Jean-Louis Baroux





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