Covid-19 et transport aérien : des grands perdants et quelques gagnants


Il est particulièrement difficile de faire des prévisions sur le futur du transport aérien et de tout le secteur du tourisme tant cette pandémie créée une situation totalement inconnue. Cependant de grandes lignes se dégagent à la suite des nombreuses déclarations gouvernementales. Car un premier fait est certain, sans l’intervention massive des gouvernements, on se dirige tout droit vers une catastrophe dont personne ne sait si le Monde pourra s’en remettre.

On voit maintenant les limites du tout libéralisme.

Finalement seuls les gouvernements peuvent faire marcher la planche à billets et redistribuer du crédit à un secteur exsangue. Rappelons que le transport aérien, et l’ensemble des activités du tourisme : autres modes de transport, croisières, hébergement, pèse pour plus de 3 trillons de dollars chaque année.
Dans ce contexte, certains sont plus touchés que d’autres. Essayons d’y voir un peu clair.

Les plus pénalisés.
Sans conteste, ce sont les compagnies régulières entièrement privées. Elles ne peuvent pas espérer des états plus que certaines avances de trésorerie qu’il faudra bien rembourser. Ainsi Norwegian a obtenu un peu plus de 500 millions d’euros de la part de son gouvernement après avoir annoncé très sérieusement qu’il ne restait plus que quelques semaines de cash avant de mettre la clef sous la porte.

Mais d’autres transporteurs ne seront pas soutenus de la même manière car même s’ils le voulaient, leurs gouvernements n’en ont pas les moyens, tout simplement. C’est ce qui risque d’arriver pour des transporteurs d’Asie et d’Amérique Latine.

L’arrêt des opérations ne fait pas non plus les affaires des grands aéroports. Ceux-ci sont contraints de fermer tout ou partie de leur exploitation et ce n’est pas chose facile, car les infrastructures doivent impérativement être maintenues en état en attendant l’inévitable reprise.

Les prestataires de services aéroportuaires sont eux aussi dans la détresse et il est à craindre que peu d’autorités s’intéressent à leur sort alors qu’ils sont indispensables pour faire tourner le transport aérien.

Les constructeurs ne sont pas épargnés. Les deux grands Airbus et Boeing devaient livrer ensemble
de l’ordre de 100 appareils par mois. Mais tous les opérateurs repoussent les livraisons alors que,
jusqu’à une période récente, ils les réclamaient à cors et à cris. Or un avion n’est payé que lors de sa
livraison. Ainsi pour chaque appareil les constructeurs accusent un trou dans leur plan de trésorerie de l’ordre de 80 millions de dollars en moyenne.

Lorsque je parle des constructeurs, j’inclus aussi les motoristes, bien entendu.

Et puis, il ne faut pas oublier les agents de voyages. Ils sont doivent faire face à une situation abominable. Les seuls appels reçus le sont pour des annulations et des demandes de remboursements. Or beaucoup des billets émis ont déjà été réglés aux compagnies aériennes lesquelles rechignent à se séparer de cette trésorerie.

Sauf que la réglementation rend des agents de voyages entièrement responsables vis-à-vis de leurs clients, quitte à ce qu’ils se retournent vers les fournisseurs de services, lesquels ne veulent rien savoir. Cette profession n’est pas jugée suffisamment stratégique pour que les pouvoirs publics lui viennent massivement en aide.

Les gagnants

Biens qu’ils souffrent beaucoup pour le moment, les transporteurs nationalisés ont peu de souci à se faire pour leur avenir. Les gouvernements leur apporteront toute l’aide nécessaire. C’est ainsi que Tony Douglas, par exemple, le CEO d’Etihad Airways a récemment tenu des propos très rassurants.
Certes cela pourra passer par des nationalisations comme c’est le cas pour Alitalia. Paradoxalement la compagnie italienne a été sauvée par le CODIV-19. Autrement les autorités européennes n’auraient jamais accepté son étatisation pour sauvegarder la sacro-sainte concurrence.

Il est également clair que l’état français ne laissera pas tomber Air France qui risque bien d’avoir grand besoin de son support.

Les compagnies propriétaires de leur flotte s’en tireront mieux que les autres. Les échéances
d’emprunts pourront plus facilement être négociées que les reports de leasing ou de location.

Et puis ces transporteurs disposent en général de beaucoup de cash, ce qui leur permettra de passer le cap.

Restent les petits aéroports souvent désertés. Ils peuvent accueillir les appareils mis au sol par les grands transporteurs et encaisser ainsi des recettes inespérées. En France c’est le cas de Vatry et de Chateauroux, par exemple mais aussi des plateformes gérées par Edeis. Beaucoup de perdants, peu de gagnants, mais les meilleurs sortiront plus forts.

Jean-Louis Baroux





    2 commentaires pour “Covid-19 et transport aérien : des grands perdants et quelques gagnants

    1. L’acte fondateur du transport aérien est la Convention de Varsovie (ultérieurement amendée : Montréal, etc.). Elle déroge aux règles quasi-universelles de responsabilité civile (donc financière) et a permis à cette activité de surmonter les accidents nombreux dans cette période de démarrage.
      Dans l’immédiat, les gouvernements soucieux de ne pas laisser s’écrouler tout un secteur économique (transport aérien, tourisme, etc.) pourraient promulguer des lois d’exception ou autres textes similaires pour limiter la responsabilité financière des uns et des autres pendant la crise actuelle. Par la suite, ils devraient réfléchir et se rencontrer pour revoir certaines dispositions beaucoup trop pénalisantes et qui s’empilent les unes sur les autres : directives européennes, code du tourisme, innombrables textes nationaux, IATA, etc..Il devrait en sortir une convention unifiée, relativement simple comme à Varsovie et Montréal.

    2. Bonjour
      C’est covid, en fait. Un autre grand perdant, c’est la dgac. Pas de trafic égale pas de taxe, donc plus de budget. Elle continue de fonctionner au ralenti et devra être prête à reprendre son activité, mais sans budget.

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