Brest joue la fille de l’air


Inauguré le 19 novembre dernier en grandes pompes par Ségolène Royal, ministre de l’environnement, le téléphérique urbain de Brest (Finistère), le premier du genre en France, a repris du service hier jeudi 5 janvier… plus d’un mois après son arrêt pour problèmes techniques.

L’équipement voulu par le maire et président de la Métropole François Cuillandre est une véritable réussite mais a manqué de chance. Une coupure d’électricité sur le quartier, une manifestation de pompiers et un fort coup de vent, obligeant une fermeture anticipée en soirée, ont marqué son ouverture.

Les Brestois et de nombreux touristes étaient pourtant bien là pour saluer l’événement.

En 11 jours d’exploitation, plus de 40 000 personnes sont montées dans les deux cabines qui en 3 minutes, au lieu de 30 par la route, permettent de relier les rives droite et gauche de la Cité du Ponant.

Jusqu’à une escalade de pépins : portes s’ouvrant de manière intempestive, galets abîmés…

Reportée à plusieurs reprises de façon à anticiper tout souci futur, la réouverture de la ligne coïncide bien avec le lancement des espaces des Capucins, immenses ateliers militaires que la Marine nationale a rétrocédé à la ville, ce qui a permis ce projet fou de téléphérique.

Fou dans l’esprit de certains grincheux mais réelle vision de l’aménagement de la ville.

Il est extrêmement rare qu’une mairie récupère de vastes terrains en son cœur même et cette opportunité a été saisie au bond.

Un pont levant ou transbordeur par dessus la rivière Penfeld, qui coupe Brest en deux, aurait coûté de 30 à 6O millions d’€.

Le téléphérique brestois revient à 19,1 millions pour transporter plus de 1200 personnes par jour de manière la plus écologique au prix d’un ticket de bus grâce à deux nacelles pouvant accueillir 60 personnes.

Et innovation mondiale : elles circulent l’une au dessus de l’autre avec côtés et sol de verre, pour profiter du spectacle à 70 mètres de haut.

Un plancher qui se floute au moment de passer au dessus des zones militaires et surtout des jardins privés des résidents du dessous, discrétion et intimité obligent.

Un atout touristique indéniable

Dans les ateliers des Capucins, la Marine exprima autrefois son savoir-faire. Ici sont nés des porte-avions… et le Pen Duick VI d’Eric Tabarly, vainqueur de la Transat anglaise de 1976.

Aujourd’hui, l’immense cathédrale complètement rénovée devient médiathèque, cinéma, agora, lieu d’expos, zone commerciale et de rencontre ouverte sur un quartier nouveau de logements.

Samedi et dimanche, les Brestois sont invités à venir le découvrir avant de se l’approprier. Et de préférence en téléphérique.

Avec un grand sourire du côté de l’Office de tourisme : déjà appréciée pour ses rassemblements de grands voiliers, ses marinas ou ses animations sur le port en été, Brest et sa rade prennent une longueur d’avance sur une autre façon de découvrir des lieux d’exception que jusqu’alors seules les mouettes et goélands pouvaient admirer de ce point de vue.

Yves Pouchard





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