Air France, la valse des présidents a repris


La nouvelle est maintenant publique. Frédéric Gagey l’actuel PDG d’Air France cèdera sa place lors du prochain conseil d’administration qui se tiendra le 03 novembre prochain. Il sera remplacé par un Président : Jean Marc Janaillac qui cumulera cette position avec celle de PDG du Groupe Air France/KLM et un Directeur Général qui n’est pas encore nommé au moment où j’écris ces lignes.

Il n’est pas inintéressant de se pencher sur l’historique de la gouvernance d’Air France. Remontons à l’année 1948 qui a vu la nomination du premier président de la compagnie après la terrible épreuve de la 2 ème guerre mondiale ; entre 1945 et 1948 la compagnie a été gérée par un Directeur Général.

baroux-1Donc en 1948 Max Hymans est nommé à la présidence. Il y restera 13 ans, jusqu’en 1961, année où il sera remplacé par Joseph Roos pour 6 ans, lequel sera suivi par Georges Galichon entre 1967 et 1975. Le successeur Pierre Giraudet restera 9 ans jusqu’en 1984.

A partir de ce moment-là la mobilité des présidents s’accélère au rythme d’ailleurs des alternances politiques. Ainsi, hormis l’épisode d’ailleurs remarquable de Jean Cyril Spinetta qui avec 12 ans à la tête de la compagnie signe un véritable exploit, aucun des présidents ne fera plus de 5 ans avec une moyenne de l’ordre de 3 ans.

Marceau Long entre 1984 et 1987, Jacques Friedman de 1987 à 1988 seulement, Bernard Attali 1988 à 1993 suivi par Christian Blanc pour 4 ans avant le long règne de JC Spinetta. Ce dernier cède sa place à Pierre Henri Gourgeon qui ne fera que 2 ans, remplacé par Alexandre de Juniac qui démissionnera sera nommé à la holding Air France/KLM au bout de 2 ans laissant la présidence à Frédéric Gagey qui n’aura tenu que 3 ans avant son prochain remplacement.

Ouf ! En l’espace de 30 ans, de 1986 à 2016, la compagnie aura vu arriver à sa tête pas moins de 9 présidents. Bien entendu, chacun d’entre eux arrive avec ses propres idées, et met en place une organisation à sa main.

Quelle entreprise peut résister à un pareil traitement ?

air france -3D’abord comment définir et suivre une vraie stratégie avec un bouleversement de la direction tous les 3 ans et demi ? Il est clair que le président nouvellement nommé voudra imprimer sa patte et que, par conséquent, il aura tendance à prendre non pas forcément le contre-pied mais à tout le moins une direction ou un mode de management différent de son prédécesseur.

Et dans le même temps à l’intérieur de l’entreprise, les principaux cadres passent plus de temps à essayer de se placer qu’à poursuivre une action dont ils pensent bien qu’elle sera orientée autrement.

Air-France-2L’affaire est d’autant plus compliquée que le Groupe Air France/KLM est tout sauf simple. Certes sur le papier il est très puissant : 546 appareils, mais d’une vingtaine de modèles différents. 316 destinations mais réparties entre les diverses compagnies exploitantes : Air France, KLM, mais aussi Transavia, KLM City Hopper, Martinair Holland, Hop, plus de 26 milliards de chiffre d’affaires, mais des résultats d’exploitation pour le moins médiocres.

Il n’est pas question ici de relever les mérites ou les performances des uns ou des autres. On peut raisonnablement penser que tous ont fait de leur mieux pour gérer cet ensemble au fond si disparate, mais de souligner l’impossibilité d’obtenir des résultats sans un minimum de continuité.

C’est ainsi que progressivement, le groupe s’est constitué en fanfare en 2004 avec une action à 14 €, laquelle montée au-dessus de 30 € est maintenant descendue à 5,34 € au dernier cours. La capitalisation boursière qui était à l’origine de 4,203 milliards d’€ est descendue à 1,603 milliard d’€.

La bourse s’accommode mal des changements incessants dans le management. La seule véritable constante est la puissance des syndicats, en particulier ceux des pilotes qui ne proposent jamais rien, mais qui s’opposent à tout.

La tâche qui attend Jean Marc Janaillac est tout simplement considérable. La société est en effet terriblement endettée ce qui n’est pas étonnant après les pertes récurrentes des dernières années, même si la baisse considérable du cours du pétrole a permis de montrer un résultat positif en 2015.

Mais enfin avec une dette nette de plus de 5 milliards d’€, soit plus de 3 fois la valeur boursière de l’entreprise, comment financer les énormes investissements nécessaires, à commencer par la flotte ?

Les artifices pour gérer la dette permettent certes d’étaler celle-ci dans le temps, comme le montre la dernière levée d’obligations à hauteur de 400 millions d’€ financée toutefois à 3,75 % alors que les taux bancaires sont plus proches de 1 %. Bref il faudra du temps, beaucoup de temps pour redresser cette entreprise, mais le temps sera-t- il donné au nouveau Président sachant que la prochaine échéance électorale est dans 7 mois ?

Et pendant ce temps-là, Emirates n’a connu que deux CEO depuis sa création en 1985 : Maurice Flanaghan et Tim Clark et un seul Président le Cheikh Ahmed bin Saeed Al Maktoum. Cherchez l’erreur !

Jean-Louis Baroux





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