Le ciel européen est le théâtre d’une bataille juridique et diplomatique sans précédent, alors que les principales compagnies aériennes du continent et les syndicats de l’aviation viennent de déposer une plainte officielle auprès de l’Union européenne pour suspendre l’accord de coopération « ciel ouvert » avec le Qatar.
Ce pacte, qui permet aux transporteurs des deux blocs de survoler et de desservir leurs territoires respectifs sans restriction, est jugé profondément asymétrique : si les compagnies qataries accèdent à un réseau de dizaines de hubs européens majeurs, les transporteurs de l’UE ne bénéficient en retour que de l’accès à l’unique aéroport international du Qatar, créant un déséquilibre structurel flagrant.
La menace est d’autant plus concrète que Qatar Airways renforce sa présence sur le vieux continent en misant stratégiquement sur Aeroitalia pour opérer ses liaisons régionales, une manœuvre perçue comme un cheval de Troie par les acteurs historiques européens.
L’affaire prend une tournure politique explosive puisque la Commission européenne a récemment limogé le haut fonctionnaire chargé de négocier ce traité, invoquant un conflit d’intérêts majeur, un manque de transparence et l’acceptation indue de cadeaux, menant l’exécutif bruxellois à admettre lui-même que « cet accord ne parvient pas à créer un équilibre et ne favorise pas la concurrence ».
La lettre de protestation exhorte Bruxelles à geler l’application du texte jusqu’à ce que toute la lumière soit faite sur ces irrégularités, bien que l’association européenne des aéroports (ACI Europe) s’oppose à cette suspension par crainte d’une baisse du trafic global.
Fait notable, le puissant groupe IAG, maison mère de British Airways et Iberia, brille par son absence parmi les signataires de la plainte : une discrétion qui s’explique par l’origine britannique de sa compagnie phare, mais surtout par le fait que Qatar Airways en est le principal actionnaire.
Ce conflit souligne les tensions croissantes entre la volonté de libéralisation du marché aérien et la protection de la souveraineté économique européenne face aux transporteurs du Golfe lourdement subventionnés, transformant un simple dossier technique en un véritable test de crédibilité pour la politique commerciale de l’Union.