Cherchez la Garçonne, trouvez son homme


Elles sont à elles seules représentatives d’une époque. Pendant les années folles, entre 1919 à la sortie de la Première Guerre mondiale et 1929, début de la crise économique et sociale, on pouvait voir dans les rues de Paris de jeunes femmes, ultra sexy qui sous l’impulsion de Coco Chanel en particulier, mais également d’autres couturiers arboraient fièrement un look de garçonne comme Nicole Groult ou Madame Pangon.

Toutefois, ce phénomène de mode, bientôt adopté aux Etats Unis, choque et « cristallise les fantasmes et les angoisses de la société française des années 1920 et 1930 » note l’historienne Françoise Thébaud.

Au-delà d’un style propre aux années 1920, le phénomène garçonne, né de l’émancipation des femmes et d’une revendication pour l’égalité des sexes, reflète une mutation culturelle dans la représentation du genre féminin qui préfigure la femme moderne contemporaine.

Ainsi les frontières entre le vestiaire masculin et féminin s’estompent : le tailleur-jupe se simplifie et se répand ; le chandail et la chemise à col et à manchettes entrent dans la garde-robe féminine ; Coco Chanel introduit le blazer dans sa collection de 1926 ; la robe d’intérieur est remplacée par un pantalon fluide et ample, le pyjama.

Certaines femmes endossent même l’habit masculin – avec cravate ou nœud papillon, boutons de manchette, chapeau melon, canne et monocle — incarnant ainsi une garçonne subversive et tapageuse, féministe, parfois lesbienne, dont Georgel fait la caricature dans sa chanson La Garçonne en 1923.

Parmi les personnalités majeures, outre l’égérie Coco Chanel, on remarque Colette, qui a porté les cheveux courts dès 1902, la banquière Marthe Hanau, la championne Violette Morris, l’actrice Suzy Solidor à la silhouette sculpturale et Kiki de Montparnasse qui incarnent également merveilleusement le style garçonne.

Fini le corset, place au porte jarretelles

La libération du corps va de pair avec l’allégement du sous-vêtement. Contesté par les hygiénistes, supprimé pour la première fois par Paul Poiret, le corset a disparu. Il est réduit à une gaine souple qui ne monte pas plus haut que la taille et ne descend plus jusqu’à mi-cuisse mais seulement jusqu’à l’aine, ou bien il est remplacé par un porte-jarretelles et un soutien-gorge ou par une simple combinaison-culotte fluide au milieu des années 1920

Même aux Etats Unis

Durant les années 1920-1930, le même phénomène apparaît aux États-Unis sous le nom de Flappers. Les flappers sont des jeunes femmes qui s’émancipent de l’autorité masculine. Les éléments vestimentaires sont les mêmes qu’en Europe et la coupe de cheveux est courte. Dans les comic strips de l’époque, la flapper est très présente et beaucoup ont le rôle principal.

Grâce à son succès populaire, le cinéma fait entrer des stars, comme Dietrich ou Garbo, dans la légende de la garçonne. De ce cliché qu’est avant tout la garçonne, on trouve enfin des traces dans le discours politique, au sens large du mot.

Elle est une figure positive seulement pour quelques féministes radicales et pour les lesbiennes, ces dernières étant davantage visibles dans la capitale.

Cette mode ne se limite toutefois pas aux artistes et aux femmes homosexuelles, touchant aussi les milieux populaires urbains, mais paradoxalement peu les campagnes





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