Mais à quoi joue donc Akbar Al Baker ?


Voilà quelqu’un qui aura marqué durablement le transport aérien mondial, même s’il ne représente qu’un petit Etat à l’échelle de la planète. A la tête de Qatar Airways et de tout ce qui compte en matière aéronautique dans son pays, il s’est hissé, par son entregent mais aussi par ses déclarations tonitruantes, au premier rang des personnalités aéronautiques en prenant la présidence de IATA, ce qui d’ailleurs en a surpris plus d’un.

Parti plus tard que son concurrent naturel Emirates, il a réussi à positionner sa compagnie au premier rang pour la qualité de services en trustant les prix, le dernier étant le classement décerné par Skytrax.

Son ambition semble être sans limite au vu des commandes d’appareils qu’il a placées récemment. Aux 200 avions actuellement en opérations, il est prévu de rajouter 208 appareils essentiellement des long-courriers, pour le plus grand bonheur d’Airbus qui subit avec résignation les remarques acerbes du dirigeant de Qatar Airways.

Pour autant on a un peu de peine à discerner la stratégie d’Akbar Al Baker. Autant pour Etihad Airways, il était clair que la compagnie souhaitait montrer un bilan de la même taille qu’Emirates, ce qui l’a conduisait à prendre des participations à marche forcée, avec d’ailleurs le résultat désastreux que cela a entraîné, autant les buts de Qatar Airways sont difficiles à analyser.

A quoi correspondent les prises de participation très importantes souscrites auprès de groupes très divers ? D’abord IAG : 20 % du groupe britannique qui possède, faut-il le rappeler British Airways, Aer Lingus, Iberia et Vueling le tout pour un montant de plus de 3 milliards d’euros si on en juge par les premiers chiffres publiés.

Puis les 10% pris dans le groupe LATAM pour 613 millions d’euros et dernièrement les 49 % finalisés ou en cours de finalisation dans Meridiana, la compagnie de l’Aga Khan ?

Voilà des investissements considérables pour un transporteur en butte à la situation diplomatique très dégradée de son pays. Dans le même temps Al Baker a annoncé un avertissement sur ses résultats et repoussé la livraison de certains Airbus 350.

Il est peu vraisemblable qu’en dépit d’une participation très significative dans IAG, cela conduise le groupe britannique à infléchir sa stratégie car au fond il n’avait pas besoin d’injection d’argent frais si l’on se réfère à ses derniers résultats économiques : 2 milliards d’euros de profit au dernier exercice.

On voit mal également les intérêts que la compagnie qatarie peut avoir dans un ensemble sud-américain qui a tant de peine à faire voisiner les cultures chilienne et brésilienne.

Reste Meridiana. Les tractations durent depuis longtemps et elles viennent seulement d’aboutir.

On ne connait pas les modalités financières, mais il est fort probable que le rachat de 49 % du transporteur sarde ne soit pas très onéreux.

La compagnie perd de l’argent depuis des années et elle
ne doit sa survie qu’à la volonté de son propriétaire l’Aga Khan pour lequel un dépôt de bilan aurait porté une tache incompatible avec son image.

Alors on ne peut pas ne pas rapprocher cette conclusion avec la situation pour le moins chaotique d’Alitalia.

Si cette dernière est amenée à disparaître comme cela est bien possible, sinon prévisible, le champ sera libre pour la seule alternative italienne restante qui sait opérer à la fois eu long et du court courrier, même si sa taille est très modeste par rapport au transporteur national.

Seulement pour reprendre la place éventuellement laissée vacante par Alitalia, il faudra mettre beaucoup, beaucoup d’argent. Et il faudra reconstruire un ensemble capable de desservir le marché domestique et international italien. Et ce ne sera pas facile, car les mêmes causes produisent les mêmes effets.

La mainmise de Meridiana sur le pays demandera une formidable transformation des mentalités internes. Pourquoi Qatar Airways réussirait-elle là où Etihad a échoué ?

Au fond faut-il analyser la stratégie d’Akbar Al Baker comme le moyen de peser politiquement à défaut de pouvoir de hisser à la même taille, face à la compagnie leader du Golfe : Emirates ?

Le personnage a du culot, il a amené sa compagnie à un niveau enviable, il dispose sans doute de moyens financiers considérables, aucun doute quant à sa volonté de jouer sa partie et d’amener le transport aérien mondial à considérer que sa compagnie est devenue un acteur majeur.

Jean-Louis Baroux





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