1954-1962, Dans l’œil de l’ Algérie


Se poser la question de comment a été photographiée la guerre d’Algérie – et sur ce point il y a une masse considérable de photos – revient souvent à faire resurgir une mémoire, à établir une disproportion entre les photos d’amateurs, celles des professionnels, celles de l’armée française comme celles plus rares de l’ALN (Armée de Libération Nationale), à définir enfin le déséquilibre de la représentation des Français d’Algérie et des militaires d’un côté et les Algériens de l’autre côté. 

Une exposition présentée au Centre International du Photojournalisme et au Mémorial du Camp de Rivesaltes, porte le titre : une Guerre sans nom, 1954 – Algérie – 1962.

Le parti pris a été de choisir dans les énormes fonds photographiques existants une centaine de photos de reporters-professionnels connus pour leur capacité à capter l’instant comme Marc Riboud, Raymond Depardon, Pierre Boulat, Pierre Domenech et celles d’un médecin, appelé en Algérie, Jacques Hors, sans oublier le Fond Bailhache.

Ces photographes étaient aussi animés par la volonté d’apporter une plus grande visibilité à cette guerre camouflée en événements et qui ne disait pas son nom.

En écho, le Mémorial du Camp de Rivesaltes renvoie l’image d’un espace où si la guerre n’est pas présente, les acteurs de cette guerre le sont : photographes amateurs et journalistes suivent les arrivées et départs de membres du FLN, l’arrivée ensuite des ex-supplétifs de l’armée française en une série d’images fortes.

Le plus important, nous dit Marc Riboud, c’était d’être rapidement là où il se passait quelque chose.

Il fallait être parmi les premiers, être tout proche des événements quitte à prendre des risques, et à se trouver dans le double mouvement de manifestations des nationalistes algériens qui brandissent pour la première fois et ouvertement le drapeau algérien, et celle des « ultras » de l’Algérie française qui veulent en découdre avec les gardes mobiles pour garder l’Algérie à la France. Riboud, Depardon et Boulat en saisissent toute la force, toute la violence. Jacques Hors, quant à lui, nous dévoile l’intime des populations qu’il croise…

A l’issue de ce choix de photos, il revenait à l’historien non pas de les analyser mais de les réinscrire dans l’histoire de la guerre d’Algérie.

Autour des photographies exceptionnelles qui s’échelonnent de 1954 et au-delà, Jean-Jacques Jordi a élaboré un discours qui, volontairement, n’analyse pas les photographies mais les replace dans l’Histoire, et permet de mieux les comprendre.

Au sortir de la Seconde guerre mondiale, les positionnements idéologiques se cristallisent plus que par le passé. Le soulèvement en Kabylie en mai 1945 et la répression qui s’ensuit creusent encore plus le fossé entre les communautés. Mais au-delà des prises de position, on a l’impression que l’Algérie elle-même reste coupée entre insouciance et paupérisation.

Quand la guerre éclate à la Toussaint 1954, on se rend compte que la population devient très rapidement un enjeu de guerre entre le tout-jeune Front de libération nationale (FLN), et son bras armé l’Armée de libération nationale, et l’Armée française. D’un côté comme de l’autre, on essaie de faire basculer les populations et en premier la population rurale musulmane par tous les moyens, de l’attirance à la torture, des rêves aux cauchemars.

Une guerre sans nom
1962 . Rivesaltes . 1964





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