Un coup de tonnerre sur Brest


Brest n’est ni une ville française, ni une ville bretonne… juste à part. Tel est le constat de Roger Faligot*, auteur de cet ouvrage remarquable, et volumineux, de 816 pages. Narrateur, observateur éclairé et amoureux pas transis, l’auteur défie les lois du genre pour un portrait joliment troussé d’une cité trop mal connue, même de ses propres habitants à l’accent typique, les Brestoâs.

Au fil des pages, ouvertes par un regard inédit d’Elisée Reclus, géographe anarchiste, citoyen du monde avant l’heure, figure de la Commune de Paris et bagnard de ce fait à Brest, c’est une cité du ponant, comme on surnomme Brest, qui se révèle insoumise bien sûr mais aussi rebelle, mécréante, irrévérencieuse, libertaire… et militaire.

Et enfin de lever le voile sur le nom de cette ville qui est la seule en Bretagne à ne connaître qu’un seul nom aussi bien en français qu’en breton.

Eperon celte, hameau gallo-romain, fort berbère sous l’égide des Romains, forteresse anglaise, française sous François 1er, ville américaine en 1917, blockhaus allemand en 1941, port de guerre de la guerre froide, tremplin des explorations scientifiques de toujours, base de skippers d’aujourd’hui, Brest tiendrait donc son nom d’un mot viking, un de ses envahisseurs.

« La rade a toujours été un site stratégique remarquable avec en fond une colline d’observation en forme de mamelon, explique Roger Faligot. Les Vikings l’ont baptisé d’un mot proche du ‘breast’ anglais signifiant sein. »

Cette lacune sémantique comblée, l’aventure de Brest dans laquelle nous fait voyager l’auteur éclaire l’histoire quotidienne d’une ville, première à soutenir ses militaires, à manifester avec la CGT de l’arsenal, à marcher en grand nombre contre les attentats de Charlie Hebdo… et à rassembler des milliers de passionnés autour de vieux bateaux à voile. Parce qu’on est de « Brest même » !

Yves Pouchard

« Brest, l’insoumise » de Roger Faligot. Editions Dialogues. 816 pages. 30€

*auteur d’une quarantaine de livres dont, entre autres, seul ou avec co-auteurs, de « Les services secrets chinois » (Nouveau Monde 2008), « l’histoire secrète de la Vème république » (La Découverte 2006), « Les sept portes du monde » (Plon 2010), « Histoire politique des services secrets français » (La Découverte 2012), « L’irlandais de Bonaparte » (Plon 2014).





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