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Razzia sur l’Europe
le Lundi 2 janvier 2012
Il n’y a pas si longtemps, j’écrivais que, sous peu, si nous nous n’y prenions pas garde, le transport aérien européen vieillissant allait passer sous la coupe de compagnies étrangères domiciliées en Asie ou dans le Golfe. Et bien il n’a pas fallu longtemps pour nous ayons la démonstration de ce qui n’était alors qu’une prédiction.
En peu de temps nous avons appris que Ethiad avait pris 29 % du capital de Air Berlin et que Aigle Azur faisait entrer dans son capital Hainan Airlines à hauteur de 40 %, excusez du peu.
Certes on pourra toujours objecter qu’aucun intérêt étranger ne peut avoir la majorité dans un transporteur européen, sauf que… Il sera très difficile aux dirigeants actuels de ne pas obéir à un actionnaire détenant une part aussi significative de son capital, d’autant plus que ces derniers seront probablement les actionnaires les plus importants.
Voyons d’abord le cas d’Aigle Azur. Certes, on explique que c’est son intérêt de faire alliance avec Hainan Airlines pour fournir des services si j’ai bien compris de « formation » à la compagnie chinoise. Si cela est le cas, bravo, mais en est-on bien sûr ? Le transport aérien chinois se développe sans doute trop vite pour pouvoir en même temps garantir tous les critères de qualité, mais les Chinois apprennent vite et je ne suis pas du tout certain qu’au jeu de coopération intensive, comme cela est présenté, Aigle Azur puisse conserver longtemps son indépendance.
Hainan Airlines a de très grandes ambitions. Elle est adossée à un groupe très puissant. Ne veut-elle pas se payer à peu de frais, car même si elle est compliquée pour le futur, la situation d’Aigle Azur est encore bonne, une entrée sur le marché européen et une place sur les relations entre l’Europe et l’Afrique ? Le savoir-faire de la compagnie française dans ce secteur d’activité est indéniable. L’entregent de son dirigeant Arezki Idjerdouidène en Algérie en particulier est considérable et il a toujours mené son affaire avec grand bon sens. Voilà de bonnes raisons pour intéresser un opérateur étranger. Ce qui est particulier dans ce cas est la nationalité de l’investisseur. On aurait plutôt attendu un opérateur du Golfe qu’un Chinois. On pourra regarder avec attention la manière dont la collaboration aura lieu et si, en particulier Aigle Azur dispose toujours de son indépendance.
Le cas d’Air Berlin est assez différent. La compagnie va mal, ce n’est pas un secret. Mais elle est puissante et elle est assise sur un marché considérable. De plus elle dispose d’un grand nombre de slots dans des aéroports qui ne tarderont pas être congestionnés. Enfin, la construction d’un nouvel aéroport de taille et de standard international à Berlin entrainera forcément des convoitises. Voilà de bonnes raisons pour que des transporteurs ambitieux s’intéressent à cette affaire. Ethiad a tiré la première. Ce n’est pas la moins entreprenante des compagnies du Golfe, mais ce n’est pas non plus la plus prospère. Pour autant que je sache, ses comptes ne sont pas encore à l’équilibre, même si la tendance est positive.
N’empêche que la compagnie a réussi un joli coup. Elle est devenue, sans avoir à opérer, un acteur significatif du transport aérien européen. Car il sera très difficile aux nouveaux dirigeants d’Air Berlin de ne pas considérer avec attention les désirs exprimés par leur actionnaire majeur. Celui-ci ne va-t-il pas influer sur la politique de réseau ? N’aura-t-il pas son mot à dire pour le choix de la flotte ? N’aura-t-il aucun poids sur le choix des dirigeants ?
Bref, nous voyons bien que, si nous n’y prenons pas garde, le transport aérien européen en manque de souffle, et en recherche de rentabilité, pourra passer dans des mains étrangères. Bien entendu cela se fera de façon rampante, sans grands éclats, au fur et à mesure des opportunités. Et celles-ci ne vont certainement pas manquer dans un futur proche. Nombre de compagnies européennes sont d’une santé économique fragile et plutôt que de les voir disparaître, leurs dirigeants seront très heureux d’accepter de l’argent d’investisseurs, même non européens. Où est le temps où l’inverse se produisait ?
Pour ne pas avoir fait en temps voulu leur évolution, les compagnies traditionnelles européennes se sont mises en grand danger. La capitalisation boursière d’Air France en fait une proie pour un prédateur.
Réveillons-nous !
Jean-Louis BAROUX
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