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Les transporteurs de passagers
le Lundi 3 octobre 2011

C’est, incontestablement, notre chroniqueur le plus assidu et ponctuel. Comme chaque mois, Jean-Louis Baroux, Président d’APG Global Associates, la plus petite multinationale française, nous livre ici quelques réflexions qui méritent…réflexion !
« La SNCF vient de perdre un contrat de fret historique : celui de la société GEFCO, filiale du groupe Peugeot. GEFCO, sans doute lassée de la pauvre performance du notre compagnie ferroviaire nationale a préféré passer à la concurrence, puisqu’après tout elle est devenue possible. Alors bien sur de bons esprits pourront toujours pousser des cris d’orfraie et se lamenter sur les bienfaits du monopole, mais ce dernier, comme d’ailleurs tous les monopoles, n’était-il pas là pour servir d’abord les intérêts de leur détenteur et ce, au détriment des clients bien obligés de passer par ses services.
Gageons que cette tendance ne va pas s’arrêter au seul GEFCO et que d’autres clients vont confier leur fret à d’autres opérateurs.
Depuis des années Guillaume Pepy essaie de réformer la SNCF et en particulier la partie marchandises. Il y met une énergie louable, mais déplacer des montagnes n’est pas chose facile. Et puis peut être, la SNCF n’est-elle pas qualifiée pour opérer du transport de marchandises de façon rentable alors qu’elle est tout de même très performante pour le transport de passagers et en particulier pour le transport à grande vitesse. Le TGV s’est formidablement développé mais ce faisant il a créé de grandes inégalités entre les villes qui ont la chance d’être desservies par ce formidable moyen de transport et celles qui doivent se contenter des trains plus classiques. Cela entraîne de grandes frustrations et les réclamations des élus n’ont aucune chance d’être entendues, car après tout, la géographie n’est pas transformable à volonté.
Sauf que, peut-être, le rôle de la SNCF n’est pas uniquement de tracter des trains, qu’ils allient vite ou non.
Sa vocation est de transporter des passagers. Pourquoi alors se limiter au train et ne pas regarder de plus près l’avion ? Voyons l’affaire de plus près. De très nombreuses villes sont reliées essentiellement à la capitale et aux autres grandes agglomérations par des trains classiques qui par définition sont beaucoup plus lents et donc moins performants.
Ce faisant, la clientèle les délaissent et leur exploitation ne peut en aucun cas être rentabilisée. Pour autant lorsque la SNCF souhaite arrêter une desserte trop déficitaire, elle se heurte aux récriminations indignées de tout ce qui compose le personnel politique concerné. Mais alors pourquoi ne pas maintenir les lignes menacées, mais au lieu de les opérer entrain, la SNCF pourrait utiliser les avions. Justement il y a des appareils tout à fait adaptés aux trafics modestes : ce sont les ATR qui existent en deux versions : l’une en 50 sièges et l’autre en 70.
Alors pourquoi la SNCF ne créerait-elle pas sa filiale aérienne ? Après tout le groupe opère déjà des cars, des bateaux et des camions, pourquoi pas des avions ? L’important pour les élus et les clients d’ailleurs est que le nom SNCF soit accolé à ce type de transport. Ce pourrait être « SNCF by air ». De très substantielles économies pourraient être réalisées tout en améliorant la qualité de service, car rien n’empêche d’utiliser les gares comme point d’enregistrement en acheminant les passagers vers l’aéroport par un des moyens routiers dont la SNCF est familière.
Je sais bien que la culture de l’entreprise ne se prête pas vraiment à une telle évolution, mais de toute façon, cette grande maison sera bien amenée à évoluer et l’a déjà fait considérablement en s’emparant de la vitesse sur les grands axes. Ce faisant elle est entrée en compétition directe avec le transport aérien, jusqu’à le tuer sur des distances inférieures à 600 km, là où une compagnie comme Air Inter avait en son temps bâti sa prospérité. Il serait d’ailleurs très surprenant que de nouveaux concurrents ne se manifestent sur ce segment de marché si porteur. La compagnie italienne Trenitalia est la première candidate, mais les compagnies aériennes viendront tôt ou tard sur ce « business model ».
Ainsi le transport s’achemine vers une spécialisation non pas à partir de ses moyens de productions : route, rail, mer ou air, mais bien vers une segmentation à partir de la clientèle à transporter : les passagers ou le fret. L’une des plus grandes compagnies aériennes du monde est un transporteur de fret : c’est Federal Express, mais cette société utilise pour cela non seulement ses avions, mais également une des plus importantes flotte de camions et camionnettes au monde.
Pourquoi, alors, la SNCF ne laisserait pas tout simplement tomber le transport de marchandises qui est plus source de soucis y compris financiers que de satisfactions, et ne deviendrait-elle pas un transporteur de passagers multimodal et particulièrement efficient ? »
Jean-Louis BAROUX
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